Première course en autonomie

Par Laurent JULLY, du Bulletin Montagnard de octobre 1999

Tout d'abord, petit rappel du contexte :

Printemps 1998 : inscription au CAF de Valence (tuyau donné par Marie France !) : "A qui faut s'adresser pour faire de la rando ?" Va donc voir Claude !) me dit-on. Résultat : aucune sortie rando officielle avec le CAF, mais mes premiers débuts en escalade, alpinisme et même un week-end cascades de glace.

Pas mal pour quelqu'un qui n'avait jamais manipulé une corde auparavant !

Août 1999 : après une semaine de galère, à vouloir organiser 2-3 courses faciles (entre débutants) dans les Ecrins, le résultat était plutôt maigre : la Bosse de la Momie "balades" sur le Glacier Blanc et Glacier Noir (+ repérages !). Il est vrai que le paysage à lui seul valait le détour (Ailefroide, Face Sud de la Barre, Pelvoux), mais les conditions météo n'étaient pas de la partie: en résumé, orage la nuit et pluie le matin.

Mais "la Montagne est tellement belle qu'elle nous incite à ne jamais nous décourager !". Et me voilà reparti un samedi matin, 2 semaines plus tard, en direction du Pré de Madame Carle pour la dernière tentative de la saison : Roche Faurio. Certes une course de neige facile, de la gnognote pour certains, mais pour moi, c'était la première en "tête" (recherche d'itinéraire, passage de crevasses, pont de neige et arête en rocher facile), et croyez-moi, cela n'a rien à voir avec les sorties "école" où l'on se contente de suivre sans trop se poser de questions, ce qui n'est déjà pas si mal ! Mais c'est dans ce genre de situation que les week-ends initiation prennent tout leur sens.

Bref, partis au petit matin du refuge du Glacier Blanc (4h15), mon compagnon de cordée et moi-même prenons pied sur le glacier après 2 heures de marche sur une moraine bien tourmentée: les conditions météo sont idéales, après quelques brumes matinales, nous nous retrouvons au-dessus d'une mer de nuages avec lever de soleil sur La Barre des Ecrins (une merveille !) Nous poursuivons en slalomant sur le glacier (crevasses obligent !), motivés par les pentes de neige de la Roche Faurio qui se profilent à l'horizon.

La montée en "S" est facile avec toutefois trois ponts de neige plus ou moins bons. Une chose primordiale : se souvenir des règles élémentaires enseignées par les "monos" du CAF et "le Papa", c'est-à-dire : corde tendue, vigilance et surtout ne pas s'arrêter une fois la difficulté passée, mais continuer tout en faisant passer son second.

Et nous voilà sur un replat qui offre une magnifique vue panoramique. Puis un petit passage en rocher très facile, reneige et c'est le début de l'arête sommitale. Jusque là tout va bien. Dépose des sacs, crampons et piolets et, attaque d'une arête quelque peu aérienne pendant environ 60 m jusqu'au sommet et là, le Bonheur, avec un grand B comme le But qui a été atteint (il est 9 h 00).

Un quart d'heure pour profiter de la vue et se ravitailler, faire quelques photos et Respirer, face à la Barre, avec une vue panoramique sur le Massif des Ecrins.

Mais il faut déjà penser à redescendre avant que la neige soit trop molle (sécurité oblige !) et en prenant toutes les précautions qui s'imposent car la course n'est pas tout à fait finie. Plutôt que de prendre le même itinéraire, nous descendons droit dans la pente et reprenons pied sur le glacier en rencontrant au passage les autres cordées qui descendent de "l'autoroute" (le Dôme et la Barre). C'est fait, la Roche Faurio s'est laissée dompter : vraiment une très belle course que je conseille à tous ceux qui débutent et qui veulent se faire plaisir.

Merci et encore bravo à Claude, André, Fred et tous les autres pour les précieuses bases et les conseils ; à JeanRené pour ses exercices et son magnifique bouquin, et bien sûr Eric, mon compagnon de cordée sans qui cette course n'aurait pu se faire.