Visions du Nepal

Par Jean-François ROUVEYRE, du Bulletin Montagnard de mars 2000

Quelques heures après le décollage d'Orly, assis à Tavant gauche de l'avion, les yeux rougis et secs aprls une nuit inconfortable à bord, nous contemplons et admirons à la hauteur de nos yeux les géants de la terre, éclairés par le soleil naissant.

Nous arrivons et ils sont tous là, à quelques encablures, proches mais pour la plupart inaccessibles pour nous. Mythiques, mystiques, auréotés de légende, ils meublent de leur nom, la maison de nos rêves. Respectueux et humbles nous passerons aux pieds de certains, dépliant nos cartes pour vérifier nos dires. Atterrissage, formalités diverses, accueil symbolique, nous voilà à Katmandou, Eden terrestre des année 70, Mecque des hippies et d'utopiques rêveurs. Grande ville polluée certes et baignant dans un nuage bleuté, mais grande ville fascinante, pétrie d'histoire, jalonnée de monuments, grouillante de vie, où les étals regorgent de denrées, mais aussi de vêtements de montagne et de miile et une choses, nécessaires, utiles et superflues, pouvant équiper le voyageur ou plutôt le trekkeur comme il faut dire;

Et toujours là bas, vers le Nord Est, émergeant de la brume, quelques sommets qui pointent leur dents blanches dans un ciel pur, prêtes à croquer les habitants d'un OVNI qui auraient choisi ce lieu pour atterrir. Le trek ne démarre pas à Katmandou, nous prenons un bus pour arriver au bout de l'asphalte. Petit groupe de 8 personnes, nous sommes accompagnés par des porteurs, des guides, des cuisiniers, nous partons pour 20 jours de marche. Le bus déchargé, chacun cherchant son chat et l'ayant trouvé, nous commençons notre périple. Etonnement, surprise, stupeur (pour moi) un panneau rectangulaire coloré, indique notre position, situe le village, les lodges et le temps moyen de marche. II y a même un escalator pour la première rampe (j'exagère). Donc, le sentier s'en va doucement, s'incurvant dans une vallée, à travers une végétation faite, je crois, en majorité de bambous ; il fait doux. Parfois la forêt laisse apparaitre des rizières en terrasse, escaliers géants, accolés aux pentes, allant du jaune au vert profond, dans un dégradé harmonieux. A l'approche des villages, des enfants exubérants, vifs et souriants, nous disent "namaste". L'altitude augmentant nous avançons plus lentement. Vous dire que c'est beau serait faible, merveilleux serait fort, aussi nous jouons sur une gamme colorée pour décrire ces paysages. Notre vision des choses, notre réception du monde dépend souvent de la difficulté du terrain où nous évoluons, de notre humeur et de l'ambiance du groupe, celui-ci est sympathique aussi nous sommes tous optimistes. Parfois à droite ou à gauche, majestueux, imposants, apparaissent un 7000 ou 8000 m, nous nous sentons petits et même minuscules, mais nous progressons quand même. Notre marche est rythmée par le dénivelé. Les porteurs musiciens des sentiers jouent une musique plus ou moins rapide, qui régit nos arrêts, mais chaque jour est ainsi fait, nous bivouaquons le soir, et nous sommes réveillés par le morning tea.

Nous verrons beaucoup de choses, nous rencontrerons peut-être trop de trekkeurs, nous passerons un très haut col, nous traverserons des villages pittoresques, peuplés de gens affables, nous comprendrons un peu mieux ces humains, qui arrachent leur vie dans une nature hostile. Nous prendrons parfois en pitié nos porteurs. Notre voyage sera fait de sucré, de salé, d'acide mais aussi de beaucoup de douceur. Nous profiterons des bains rustiques mais chauds de Tatopani, nous irons au camp de base du Machapuchare. La neige nous surprendra un soir sur la piste du camp de base de l'Annapurna, où, après avoir renoncé au Daulagiri, les français, en 1950, réussirent un fantastique exploit. Nous n'oublierons pas les nuits passées sous le regard et près des étoiles. Nous reverrons les danseuses et danseurs dans les fêtes de village ; la dure vie des porteurs ravitaillant les lodges. Nous ferons moisson d'odeurs, de couleurs, de lumières et de vie. Nous mangerons des mets typiques et puis nous reviendrons courbaturés, fatigués, amaigris, mais les yeux vifs d'avoir vu et vécu tout, avec en plus la tête remplie de souvenirs comme des silos que nous viderons peu à peu pour nourrir nos longues soirées d'hiver. Mais au delà de notre propre aventure, puisse ce petit récit vous inciter à découvrir ce magnifique pays. Si ces quelques lignes ne vous ont pas conquis, j'espère qu'elles auront peut être la chance de vous avoir entrepris.