Laura et Christophe

Par Jean-François ROUVEYRE, du Bulletin Montagnard de juin 2000

Qui connaît la belle histoire de Laura Noure et de Christophe ? Peu d'entre-vous sans doute ; si je vous en parle j'espère que cela restera entre nous, car, celui qui me l'a transmise là bas, que que part en Oisans, se fâcherait, et il est fort comme un turc (sans majuscule à turc, quoique pour parler des turcs de cette vallée, une majuscule serait sans doute préférable, mais ...)

Il y a fort longtemps dans ces régions reculées montagneuses et difficiles d'accès, des hameaux, égrenés sans doute par une main divine, s'accrochaient tant bien que mal aux montagnes. La vie des gens était dure, ingrate, l'on vivait d'un champ épierré que l'on cultivait, de quelques bovins, la vie réglée par les saisons et le soleil. On survivait en autarcie, enfin, pas tout à fait car le colporteur montait quelquefois pour apporter des choses utiles, mais surtout des nouvelles et la manière de vivre des gens des villes paraissait douce à ces montagnards. La belle Laura tricotait de beaux rêves avec les laines et les aiguilles, elle voulait voir cet ailleurs, vivre autrement ; mais Hélas ! elle devait rester pour aider sa famille. Le fringant et beau Christophe, un de ses proches voisins, l'aimait, il fallait le voir pour séduire la belle grimper en solo (déjà) les falaises où se trouve aujourd'hui la via ferrata, cueillir les champignons du coin, les fameuses amanites des Césars et les offrir à ses futurs beaux parents, jamais il ne se trompa et pourtant il est difficile de ne pas confondre le bon grain de l'ivraie.

Mais malheur à lui, car il croyait séduire, alors que l'affaire était arrangée par ces deux matois de pères pour une affaire de terrain. Que de péripéties, que d'intrigues prendant deux ans, aussi je vais abréger l'histoire car il est tard. Un matin de juin, avant le lever du jour, Laura quitta la demeure familiale, elle traversa le Vénéon et grimpa à travers les vires (où se trouve aujourd'hui le refuge de l'Alpe du Pin), remonta le glacier, atteignit le sommet de la montagne où, dans le soleil naissant, beaucoup l'aperçurent agitant les bras, certains virent longtemps et des jours durant, son visage de profil comme sculpté sur le rocher.

Christophe déçu, triste, se ressaisait pourtant, bien que courbant le dos ; il rentra dans un monastère où il accomplit une grande oeuvre au service des indigents et il fut longtemps après sa mort, canonisé par le pape... et c'est pourquoi depuis dans l'Oisans ... La tête de Laura Noure domine St Christophe.

Cette histoire totalement imaginée pourrait être à l'origine des noms de lieux, pour ceux-ci en tout cas, n'en croyez rien.