La Traversée du Pelvoux

Par Laurent, du Bulletin Montagnard d'octobre 2001

Voici l'histoire d'une sortie pas tout à fait comme les autres, et pour cause, il s'agit de la Traversée du Pelvoux. Magnifique massif aux portes des Ecrins, il est accessible depuis le village d'Ailefroide. Après un départ matinal de Valence, nous attaquons la marche d'approche en fin de matinée vers le refuge du Pelvoux niché à 2700 m. Nous partirons le lendemain matin de bonheur et de bonne humeur pour une traversée réputée longue et engagée. Partis à 9 du refuge, nous nous retrouvons rapidement à 8 suite à un abandon quelque peu justifié (mais c'est bien d'avoir essayer). Comme par hasard, c'était ma compagne de cordée et je me trouve devant un cruel dilemme : faire la course en solo ou intégrer l'équipe de choc emmener par IGOR ? Je choisis la deuxième option plus sympa, et nous voilà tous partis à l'assaut du couloir Coolidge, belle pente de 260m, large à la base et se rétrécissant au fur et à mesure de la progression (ambiance garantie!). Débouchant sur le large plateau glaciaire du Pelvoux, la Pointe Puiseux (3943m) est juste devant nous. Mais comme tout le monde le sait (où ne va pas tarder à le savoir !) la véritable course commence ici, et comme il s'agit d'une traversée, par définition, on ne descend pas par litinéraire de montée !

Après avoir profité de ce magnifique panorama sur les sommets environnants, nous attaquons la descente en traversant tout le glacier du Pelvoux pour aller chercher la descente sur la rive gauche du Glacier des Violettes. Louvoyant entre les séracs, nous pouvons contempler de magnifiques cathédrales faites de glace.

Après un premier petit passage rocheux sans réelle difficulté, nous trouvons un premier rappel de 20 m donnant accès à une grande traversée sous ces fameux séracs. Mais une surprise nous attend au début du rappel : C'est comme à la boucherie, il faut prendre son ticket et attendre patiemment son tour.

Résultat, 1 h 15 de perdu à cause notamment d'un groupe d'Italiens pour qui le terme "bartasser" prend toute son ampleur. Heureusement, une des 3 cordées de notre groupe a pu passer avant ce bouchon. Je dis "heureusement", mais cela aurait pu être "malheureusement" car alors que nous attendions patiemment notre tour, un terrible bruit de chute de sérac (cf avion de chasse !) nous surprend. Nous apprenons plus tard que nos collègues entamaient juste le passage où il ne faut pas traîner lorsqu'ils ont vu cet autobus dévaler sur eux, ils ne savaient pas s'il allait tomber plus loin (donc ne pas bouger) ou sur eux (donc courir). lls se sont mis à courir et la glace s'est arrêtée au-dessus d'eux. Finalement, beaucoup plus de peur que de mal ! Nous nous rejoignons au deuxième rappel non sans voir quelques bourdes comme le passage de crevasses sans encordement sans doute à la mode italienne.

Au-delà de ce 2eme rappel, le névé Pelissier permet de poursuivre la descente en ramasse après avoir franchit une autre petite barre rocheuse via un rappel "caché". Ensuite, 2 possibilités : la descente classique par les vires d'Ailefroide (expo en groupe et déconseillée après une période de pluie) ou alors une sente qui permet d'accéder presque au niveau du Pré de Madame Carle (cela suppose une dépose de voiture au préalable et quelques précautions à la descente).

Nous optons pour la 2nde solution et regagnons les voitures après 12h d'une belle course complète (cramponnage, passages de mixtes, rappels, couloir, progression sur glacier crevassé).