Raid en Haute Maurienne

Par Noelle, des Bulletins Montagnard d'octobre 2002 et mars 2003

Merci à tous ceux qui ont fait la réussite de cette semaine en Vanoise, grâce à un esprit d'équipe sans faille :

Françoise, tireuse de cartes
Bob, raccourcisseur de peaux, redresseur de conversions
Michel, fournisseur officiel de blagues (agréé par le CAF)
Eric, porteur de corde
Laurence, ravitailleuse
Michel, donneur de rythme
Sylvie, étireuse
Georgette, pourvoyeuse de sourires, de bonne humeur
Monique, étalonneuse d'altimètre
Jean Laurent, testeur d'omelettes
Noëlle, scribe autodésignée

Samedi 13 avril

Rassemblement devant la pizzeria « La Benna » à Bonneval sur Arc. On investit le chalet CAF et puis on s'attable devant une fondue ou des diots aux crozets. Laurence et Michel assistent-totalement imperturbables - à l'enlèvement de leur voiture ( de fonction et sous garantie : tout s'explique ! )

Monique prend une première leçon d'altimètre : ça a l'air effroyablement compliqué. Malgré une émulation certaine, tout le monde capitule avant d'atteindre la fin du poêlon à fondue... Après cela il faut bien 3/4h d'exercice pour digérer : ça tombe bien il faut faire les sacs ! L'heure des choix déchirants : 4 culottes de rechange ou un arva ??? D'après Bob, on n'a pas vraiment le choix. Il en profite pour donner un cours de confection de sac à dos ( ceux qui n'ont pas d'altimètre ont bien le droit d'apprendre eux aussi ! ) : au retour de la rando, faire trois tas :

  1. ce qu'on était obligé d'emporter;
  2. ce qu'on a emporté et qui a servi;
  3. ce qu'on s'est fatigué à porter et qui n'a servi à rien...

Il paraît qu'au fil des sorties, le troisième tas diminue de façon spectaculaire.

Dimanche 14 avril

Montée au refuge du Carro (2760 m)

Lever vers 7h30. Derniers efforts pour fermer ou alléger les sacs et petit déj.

Départ à gauche du télésiège vers 10h00. On chausse tout de suite, c'est déjà ça. On remonte d'abord le cours de l'Arc sur la route enneigée qui mène au village de l'Ecot; les premières maisons en sentinelle sur les rochers apparaissent bientôt. Sous le village on continue à longer la rivière dans le vallon. Le sentier est d'une interminable platitude : je ne sais pas pourquoi, je pense de façon obsessionnelle au troisième tas de bric-à-brac inutile que je sortirai du sac à dos dans une semaine...

12h15 on déjeune , vaguement abrités par un gros rocher pendant qu'on est encore sur le plat. 12h38 précises, on repart (une minute de plus, on était congelés). Ca commence à monter assez doucement; dommage , on rejoint le brouillard et il faut bientôt renoncer à apercevoir autre chose que les skis de celui qui est devant. Le temps d'apercevoir le gros chalet de Tuillière, puis celui de la Duis ; il faut ensuite user de nombreuses conversions (pauvre de moi ! ) pour gagner de l'altitude.

Il ne reste plus que 150 m à monter mais on est en plein brouillard . On ne rejoint pas comme prévu le sentier du balcon qui aurait dû mettre le refuge à notre droite. Un petit coup de fil et un grand coup de corne de brume le font surgir à notre gauche. Bob était à peu près à cinquante centimètres de la corne de brume !

Les derniers mètres nous semblent soudain beaucoup plus faciles et chacun peut exaucer son voeu le plus cher. Au choix : une polaire sèche, un coca (à n'importe quel prix), une bonne partie de cartes, dormir sur un bancouet on peut rêver tranquillement au repas du soir en consultant la carte du refuge : tartiflette ? Matafan ? Curry de porc ?... finalement, ce sera soupe aux pois, choux au curry et fromage blanc aux myrtilles. Le prix de l'eau est prohibitif - 3 euros la bouteille - Mais c'est ça ou le lac gelé et la barre à mine, dans la nuit et le brouillard!

Lundi 15 avril

Col du Montet ( 3185 m)

Lever vers 7h30 : bonne surprise, il y a déjà un coin de ciel bleu par la fenêtre du dortoir et ça se confirme 1/2 heure plus tard : IL FAIT BEAU !

Départ vers 9h00, un peu tard certes, mais après la montée d'hier, l'heure est à la modération.

La journée commence après un grand reportage photo, avec Monique comme photographe invitée.

On descend un petit couloir ; quelques virages avant une longue traversée. On traverse le ruisseau de la Ravine, du moins faut-il le deviner sous la neige.

En face de nous, l'Ouille Noire ; une longue traversée déjà tracée y mène mais c'est exposé sud et il est déjà bien tard. On va donc remonter vers le col du Montet. Un premier passage de conversions (laborieuses pour moi) puis un passage de plat pour récupérer. On attaque les 4OO mètres de montée pour atteindre notre nouveau but. A hauteur des rochers, juste sous le col, une cordée passe devant nous en longeant les rochers. Quelques démoralisés décident de finir à pied. Las! Bob s'est mis en tête de nous inculquer la manoeuvre de la main courante avec les skis aux pieds. On est au bord de la mutinerie pendant 5 minutes puis tout le monde obtempère. Arrivés au col, 2 options : descendre sur l'autre versant et remonter à toute vitesse , ou bien casser la croûte tranquillement. Bob et Sylviane s'élancent comme des fous, les autres comptent les virages...

Vers 13h, on s'arrime les uns après les autres à la corde pour redescendre. Les traces de la montée sont labourées; on retrouve la grande traversée, on remonte une dernière fois (je réussis une conversion sur deux, il y a de l'espoir...)

A l'arrivée, grand nettoyage sur la terrasse (au soleil, avec l'eau qui tombe du toit) puis séance de stretching. On est fin prêts pour s'attabler devant le riz aux saucisses et le crumble aux pommes : personne ne réclame de rabe de pain ce soir !

Mardi 16 Avril ( jour de l'hélico )

Uja, pointe Percée, Levanna

Départ 8h30, dans une ambiance à la Samivel : les pentes émergent doucement du gris bleuté qui les enveloppait, toutes pailletées de blanc. Dire que certains s'imaginaient faire le col du Tarot ou l'Aiguille de la Crapette (les premiers levés n'ont vu que du brouillard)

La montée est très agréable, avec un rythme parfait donné par Laurence (les marathoniens savent ce que « s'économiser « veut dire ! )

Sous le col des Pariotes (mais non, pas « Patriotes » !), on laisse sur notre droite la trace qui monte à la Levanna pour traverser le Glacier Blanc.

Il faut contourner une langue rocheuse et s'engager dans le couloir débonnaire qui mène à un petit col. A gauche l'Uja, qu'on ne peut pas faire à skis (à pied éventuellement sur une petite arête) ; à droite la pointe Percée où Bob s'élance en tête, suivi de quelques courageux ; certains s'arrêtent à mi pente, d'autres vont jusqu'à l'antécime.

Les contemplatifs se contentent du paysage : on est presque au (grand) Paradis ; il émerge en face de nous, escorté à gauche du Cervin et du Mont Rose. En face, la Grande Motte et la Grande Casse. Ceux qui redescendent de la Pointe Percée ont salué le Mont Blanc.

La pente de neige pour redescendre est un vrai régal : festival de virages dans la poudreuse.

Sous la Levanna, le groupe des motivés monte faire le sommet ; pour les autres, la journée est déjà assez remplie : retour au refuge pour les activités habituelles.

Avant le repas, une étude approfondie de la météo, de l'état neigeux, du niveau des troupes, du poids des sacs et autres considérations qui m'échappent conduisent à modifier le programme de demain : pas de traversée pour aller aux Evettes mais une descente et une remontée. Georgette et moi, on reprend deux fois de la tartiflette pour fêter ça.

Mercredi 17 avril : Refuge des Evettes par le col des Pariotes.

Lever à 6h moins le quart (record de la semaine)

D'après l'altimètre de Monique, il est 7h quand on part, dans le brouillard comme hier. La Ciamarella se montre la première, toute rose au-dessus des nuages.

Le temps qu'on arrive au col des Pariotes, et le beau temps est là. Après ce petit échauffement (à peine une heure), on est prêts pour la descente vers l'Ecot. La première pente un peu dure est vite oubliée ; ensuite c'est le rêve jusqu'à la vallée, de quoi ne pas regretter d'être descendus jusqu'à l'Arc qu'on longe un bon moment. Au barrage de l'Ecot (2030 m) il est l'heure d'un bon casse croûte au soleil. On ferait bien une petite sieste mais il faut remettre les peaux sur les skis, les sacs sur le dos (c'est toujours aussi lourd ! )

Mettre les couteaux, monter, les cales, enlever les cales... tous ces efforts sont largement récompensés quand on aperçoit la terrasse du refuge où on peut se vautrersur les banc face à l'Albaron et à la Camarella.

Sylviane n'a guère le temps de goûter à ce moment ; elle doit déjà redescendre vers Bonneval (un lit, une douche, une bière, lui promet on pour la consoler ! ) Bob l'accompagne : on sentait bien qu'il n'avait pas fait assez d'exercice aujourd'hui..

Après la terrasse, on apprécie le confort de la salle à manger panoramique : un petit côté monastique dans la disposition des tables, avec le livre du refuge ouvert sur un écritoire au milieu de la pièce. D'ailleurs, les drapeaux de prière tibétains tendus au plafond incitent aussi à la spiritualité...

Jeudi 18 avril

Pointe Franceseti ( 3425 m ) par le col de la Digrâce ( 3225 m )

Réveil à 6h (il le fallait, la météo étant pessimiste pour l'après midi).

La journée commence par une petite descente sous le refuge, puis on contourne longuement le Mont Seti avant de monter vers le col de la Disgrâce (ça promet ! ). Il fait très froid et les pauses sont courtes ! En revanche, c'est le grand bleu au-dessus de nos têtes. Après le glacier du Grand Méan, on attaque une série de conversions, chacun y va de ses conseils : « plie la jambe ! », « claque le talon! » , « lève ta spatule ! » . Au bout d'une semaine, je réussis à prendre tous les virages à gauche, mais à droite , ça coince toujours (rien à voir évidemment avec le contexte politique!).

Quand on arrive au col de la Disgrâce (il est 9h30), un vent glacial nous dissuade d'admirer la vue plus longtemps ou de nous angoisser en regardant le dernier mur qu'il faudra descendre. Pour se réchauffer, rien de tel que d'attaquer les 200 derniers mètres de montée ; bonne surprise, les pentes s'adoucissent au sommet où on découvre une petite terrasse avec vue imprenable sur le Mont Blanc. Côté Vanoise, la grande Motte et la Grande Casse, Côté Italie le Grand Paradis émerge seul des nuages. Un peu estompé au loin, mais qu'on reconnaît car il est tout seul dans son coin, le Viso qui me rappelle bien des souvenirs.

La neige s'effrite sous les skis en redescendant : on devient difficiles ! Au passage scabreux qui précède le col, je suis ficelée entre Bob et Eric ; on s'en tire en dérapant : 2 virages seulement, ouf !

Le reste de la descente va trop vite pour que j'en parle ; il ne reste plus qu'à remonter 100 mètres vers les omelettes , les coca, les crêpes...

Vendredi 19 avril : Col et pointe Tonini

Il fait beau (encore ! )

Le début de la course suit le même itinéraire qu'hier. Arrivée en bas du refuge, manque de peaux, j'ai oublié les miennes au refuge. Heureusement, Bob le dépanneur arrive et sort les peaux de secours.

Le froid est vif (-8 à -10°) . Après le long passage de plat, on contourne la première barre de séracs par la gauche ; les blocs de glace ont de jolis reflets bleu-vert (mais on a perdu notre photographe : Monique est restée au refuge, il semble que son tibia est définitivement fâché avec l'avant de sa chaussure).

Au-dessus des séracs, un passage un peu plus plat, puis on attaque la rampe d'accès au col mais la neige set mauvaise et nous donne des inquiétudes pour la descente. On est trois à renoncer à franchir à pied la petite corniche qui mène au col puis au sommet. Françoise, seule femme à vouloir faire la connaissance de Tonini , s'accroche vaillamment. Les autres entament une descente laborieuse : tétanisées par l'état de la neige, on ne se décide à enclencher les virages que tout en bas. Pas très jolie, la trace d'aujourd'hui !

On se retrouve au refuge vers 13h et on attaque la longue traverser qui conduit sur les pistes de Bonneaval.

Assez surréalistes les 10 énergumènes qui déboulent avec leurs gros sacs à dos et leur allure hirsute au milieu des petites familles en vacances ! Un dernier pot pour la route et chacun rejoint un sud plus ou moins éloigné, entre Valence et Marseille.

C'est l'heure aussi de vérifier le volume du « troisième tas » : pas si gros que ça finalement!