Pic de niege cordier et roche paillon traversée de la Barre des Ecrins

Par Noelle, du Bulletin Montagnard d'octobre 2002

Vendredi 21 juin
Valence- les Ecrins

Comme d'habitude, l'aventure commence à huit heures place de Dunkerque , un petit détour par Crest et en avant vers Vallouise, avec quelques pauses café, croissant, marché,;..

Il fait bien chaud chez Mme Carle; on passe le pont chargé de tout le barda vers 14 heures . une première étape au Glacier Blanc où on mesure le recul du glacier en le confrontant à nos souvenirs. Il nous semble bien avoir perdu 200 ou 300 mètres en 4 -5 ans. Mais que font les météorologues?

Un bout de moraine plus tard, on se met en tenue de glacier . Les séracs ont encore fière allure ; on les longe jusqu'au replat au dessus duquel nous attend le refuge et sa légendaire soupe aux poireaux: mais pourquoi les refuges sont-ils si haut perchés?

Samedi 22 juin 
On se distingue

« bonjour il est trois heures! « nous voilà prévenus, y'a plus qu'à se lever. On est presque contents de quitter l'étuve du dortoir ..

A quatre heures, 98% du refuge se dirige vers le Dôme. Seuls cinq dissidents s'en prennent au couloir (juste derrière le refuge) qui monte vers la Roche paillon; la neige est bonne; l'affaire est vite réglée, à six heures on débouche au col; un petit aller et retour vers le sommet puis on enchaîne vers la Roche Emile Pic; l'arête est vraiment magnifique; des sommets en veux-tu en voilà: Meije ici , Pelvoux là , Mont Blanc évidemment et le Viso dans son coin , qui émergent les uns après les autres . Et par ici on ne se marche pas sur les crampons!

D'Emile Pic, on redescend vers le Col du même nom, et naturellement, jamais deux sans trois, le pic de Neige Cordier est à portée de pieds et permet de compléter la galerie de photos. On redescend ensuite vers la neige qui mollit et on se retrouve au refuge vers midi. Sieste, belote et re-soupe de poireaux.

Dimanche 23 juin
La malédiction de la Barre???

Didier tombé sur la tête, Antoine victime d'un entraînement trop énergique, Grégoire terrassé par un mal mystérieux, Michel échaudé par l'échauffement ( ça se dit ? ) de Laurent: les prétendants à la Barre tombent comme des mouches . Aurait-elle une influence néfaste sur tous ceux qui veulent l'approcher, telle une tombe pharaonique?

On n'a guère le temps d'y penser ce dimanche matin, il est vraiment trop tôt quand on tombe du lit: 2h30, un maudit sac en plastique a réveillé tout le dortoir.

Départ avec les lucioles en procession vers le Dôme comme hier. Petit à petit, les cimes sortent de la nuit, dans un gris- bleu de début des temps ; la journée sera belle, les étoiles de la nuit ont tenu leurs promesses.

Au bout du Glacier, la barre; on quitte l'autostrade pour obliquer vers la gauche et on plante piolets et crampons dans une pente de neige-glace pour sortir en haut d'une bosse bien marquée, euh pentue , à l'endroit où la rimaye franchissable, à droite de la Brèche des Ecrins. 2 cordées nous précèdent déjà . un guide entraîne sa cordée au grand galop dans l'itinéraire classique de la traversée de la Barre.

Au dessus de la pente en neige et de quelques rochers d'échauffement (très bons pris individuellement !), arrive LA cheminée. Arnaud part en éclaireur. On ne le voit plus mais soudain un bruit de tonnerre et une charretée de cailloux qui dégringolent. Ce n'est rien, juste Arnaud qui teste les prises! C'est bien simple, dès qu'on regarde une pierre, elle bouge! Il s'est retrouvé avec un énorme bloc dans les bras mais a renoncé à le garder comme souvenir des Ecrins... Mon tour arrive de monter là dedans et je n'en mène pas large et encore moins quand soudain je me retrouve quelques mètres plus bas ; moi comme souvenir, je ramènerai quelques bleus... (serais je frappée à mon tour par la malédiction ?)

A la sortie de la cheminée on est sur les hauteurs; une longue et vertigineuse progression à corde tendue ( quelques relais par ci par là ) sur une arête en fil de rasoir. On touche le vide du bout des pieds , la concentration est de rigueur, heureusement que Laurent me surveille comme une soupe au lait !

Et puis la croix du sommet se rapproche enfin; je fais la bise à mes anges gardiens, la tête dans les nuages. Dommage qu'on ne puisse rêver plus longtemps: tout l'Oisans est à nos pieds , on pourrait tirer au sort les prochaines courses ou remonter le temps ( la première fois que j'ai mis les crampons, mon premier 4000, ... ). Mais les nuages montent et l'arête s'étire encore bien loin jusqu'à la descente en rappel vers la rimaye. Christophe et Arnaud repartent devant, tout en surveillant où je mets les pieds.

Arrivés au dessus de la rimaye, un fâcheux contretemps nous fait perdre du temps : Arnaud fait une première tentative mais la corde est trop courte; Laurent équipe ensuite un relais de fortune un peu plus bas ; deux pitons et une sangle sont sacrifiés pour s'attirer les bonnes grâces de la Barre et elle nous laisse redescendre sans encombres. Il reste à déjouer les pièges du Glacier Blanc ; on est quasiment les derniers à en redescendre et on se fait tout petits pour ne pas réveiller la colère du Géant. Un dernier regard derrière nous, le Glacier a mangé la Barre; je savais qu'il fallait s'en méfier de celui là.

Le reste se résume à une longue descente d'assoiffés vers le pré de Mme Carle où Michel a enchaîné sieste sur sieste en nous attendant.

Une belle course dans la beauté des montagnes ; quand il sera au paradis - dans très longtemps - Laurent aura droit à du rabe de daube aux pâtes tous les soirs pour avoir emmené une pas dégourdie comme moi si près du ciel . ( J'intercéderai personnellement auprès de St Pierre! )