Anniversaire

Par Pierre BAYART, du Bulletin Montagnard de juin 2003

Comme tous les montagnards le savent, 2003, c'est l'année du cinquantenaire de la première ascension de l'Everest. C'est aussi le centenaire de la première de la « Haute Route » Chamonix Zermatt, et pour moi, beaucoup plus modestement, c'est le quarantenaire de ma première tentative sur cet itinéraire (Chamonix Zermatt, pas l'Everest bien sûr !)! C'est en effet en 1963 que je vis à Arolla pour la première fois encoller à chaud ce qui allait devenir les peluches autocollantes. J'étais au CAF de Lille à cette époque. Nous gagnâmes la Suisse en une nuit de voiture (il n'y avait pas d'autoroute à cette époque !). BrouilLart sur les pentes du Pigne d'Arolla, par crainte des crevasses, nous passâmes la nuit dans un igloo de fortune !… avant d'abandonner la partie…

La tentative suivante fut repoussée par les mauvaises conditions météo au dessus du lac des Dix, et pour sortir de ce piège il nous fallut, après avoir passé la nuit dans une cabane fort opportunément ouverte, refaire en sens inverse tout le trajet depuis Verbier.

Lors d'une autre tentative, c'est une plaque de neige pourrie par le foehn sur les pentes d'un moraine qui entraîna deux de mes compagnons, heureusement nous pûmes dégager dans la minute celui qui fut complètement enseveli..

Je vous épargne les autres tentatives dont certaines ne sortirent même pas du bassin d'Argentière !!! Rien à faire ! Pas moyen de conclure cet itinéraire pourtant passablement fréquenté !

Mais cette année, pour rater ce parcours il aurait fallu le faire vraiment exprès, tant les conditions météo favorables s'installèrent durablement de mars à avril. En matière de stabilité de la neige, le « risque zéro » n'existe pas paraît-il, et pourtant je puis témoigner que à cette période, sur ce parcours on n'en fut pas loin !

Nous n'avons donc pas manqué l'occasion de fêter ces anniversaires, et avec Cathou, Nadine, Rémy, Benjamin, Catherine et Martin nous avons attaqué la première étape le 25 mars par le col du Chardonnet…. (après s'être fait une petite frayeur sur la neige dure ne sortant du glacier d'Argentière, ce qui donnera lieu à la rédaction d'une fiche " accident et incident.)

Classique main courante pour descendre sur la glacier de Saleinaz, rencontre avec les premiers groupes qu'on retrouvera les autres soirs aux refuges au gré des variantes d'itinéraires. Si dans la benne des Grands Montets la proportion de francophone était encore significative, celle-ci commence déjà à diminuer notablement….

L'arrivée sur le plateau du Trient dans la lumière du soir est un repos pour l'œil après une étape finalement assez alpine…

Le second jour est (encore !) une étape « à l'envers », puisqu'on commence par la magnifique descente du Val d'Arpette, et la remontée plein Sud au refuge de Valsorey sera fidèle à se réputation de sacrée bavante en plein cagnard !

En pleine sieste à Valsorey nous voyons passer une équipe de Suisses pressés : partis d'Argentière (en bas !), ils tentent le parcours jusque Zermatt en 24 H ! Ont-ils réussis ?

Enfin une étape normale : on se hisse sur l'épaule du Grand Combin, au « plateau du couloir », et on s'offre la magnifique descente du glacier du Mont Durand, ça y est ! on a franchi le passage clé !

Refuge de Chanrion et son eau courante ! Quel luxe ! Dans tous les autres refuges, à plus de 3000, l'eau c'est 8,5 FS la bouteille !

Etape de stress : il faut franchir le Pigne d'Arolla, et la météo est inquiétante, la visibilité n'est pas assurée (cf ci-dessus !). Pour gagner du temps sur la dégradation du temps annoncée, nous passerons par les sérac du Brenay, et le Pigne sera franchi… dans le brouillart comme en 1963 ! Mais cette année c'est sous les délicieuses couettes de la cabane des Vignettes que nous dormirons.

C'est avec exaltation que nous attaquons la dernière étape, la dégradation météo annoncée s'est finalement révélée bénigne, nous enchaînons la séries des trois cols : Evèque, Mont Brûlé, encore un peu de brouillart hélas encore au col de Valpelline, et nous serons privés de la vue sur le sommet du Cervin. Mais nous arrivons à Zermatt le samedi 29 mars à 15h…

Le retour sur Argentière se fera avec une facilité déconcertante le soir même par les merveilleux trains Suisses.