Le Tabur de la Mort

Du Bulletin Montagnard de juin 2003

Dévalant les pentes de nos stations alpines depuis quelques années déjà, j'aspirais désormais à une pratique en plus grande harmonie avec Dame Nature. Avide de « sensations pures » et conforté par le nouveau spot d'une pub pour les produits laitiers, mon choix était fait : je vais me mettre non pas au lait (ça fait cailler la téquila de la veille) mais à la rando alpine. Je savais toutefois que la discipline ne souffrait pas l'improvisation et fis donc un jump (c'est à dire un saut, pour les non initiés) au CAF de Valence dont je connaissais déjà certains VTTistes très sympas. Bonne nouvelle : une section surf alpin venait tout juste de se créer, encadrée par un GI (Gentil Initiateur) du nom de Christian Gross, à la recherche de ses premiers membres (la section pas Christian). C'est après avoir fait connaissance avec quelques randonneurs alpins que je finalisais mon inscription au CAF de Valence et attendait avec impatience le jour de ma première sortie.

Quelques temps plus tard, la messe était dite : la procession partirait le samedi matin de bonne heure de Valence et mon baptême aurait lieu au Tabor de la Mure en Belledonne pour une ascension 900 mètres environ. Difficulté raisonnable pour un néophyte.

Rendez-vous était donc pris le samedi 15 février pour un départ matutinal de la place Dunkerque. Quelques 130 km, 2 changements de pneus et 1 panne sèche plus loin, je tirais les premiers enseignements de cette nouvelle pratique sportive : outre les aléas climatiques, la randonnée en montagne comporte également des aléas mécaniques non négligeables auxquels il faut faire face avec sang froid. Heureusement, notre GI était un pluridisciplinaire aguerri mettant autant les mains dans la neige que dans le cambouis…

Une fois les raquettes chaussées et le surf sur le dos, nous rentrâmes rapidement dans le vif du sujet. Au rythme des premières pentes à gravir, je trouvais pas à pas mes marques en même temps que je tirais le second enseignement de la discipline : si le forfait est beaucoup moins cher que dans les stations, les remontées sont quand même bien plus lentes…

3 heures plus tard, mes camarades d'ascension faisant preuve à mon égard d'une patience à toute épreuve, nous atteignîmes enfin le sommet tant convoité. Nous nous ravitaillâmes afin de prendre quelques forces pour le retour tout en contemplant le panorama, première récompense que nous venions de gagner durement à la force de nos gambettes. Mais le meilleur restait tout de même à venir avec cette descente fabuleuse dans des conditions de neige idéales. Respectant les consignes de sécurité prodiguées par Christian, nous enchaînions courbes et virages dans une neige poudreuse à souhait, aériens tels des Milans royaux dans les courants ascendants, légers telles les feuilles dans le ciel d'automne, beaux comme…mais je m'emballe. Enfin une descente qui donne envie de remonter immédiatement une fois en bas… Ce qui tombait bien puisque justement nous étions descendus trop bas.

Puis nous rentrâmes, après un pot au troquet du coin, à partager nos émotions du jour, devant un café-crème épuisés mais ravis fallait-il que l'on s'aime et qu'on aime la vie…Enfin, vous connaissez sûrement la suite…

En conclusion, je conserverai un excellent souvenir de cette première expérience et de la saison en générale qui fut malheureusement interrompue pour ma part un peu prématurément. Ce fut pour moi l'occasion de pratiquer le snowboard d'une manière autrement plus enrichissante que celle que je connaissais jusqu'alors mais aussi et surtout de développer une amitié qui s'étend bien au-delà de la pratique du surf alpin. Je veux parler du VTT bien entendu… Affaire à suivre !