Bivouac sous haute tension

Par Olga, du Bulletin Montagnard de octobre 2003

Daniel s'était mis en tête de me faire gravir le Grand Veymont en vertu du principe que tout bon cafiste se doit de l'épingler à "son palmarès". En vertu d'un autre principe « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué », il avait choisi de me faire atteindre le sommet par la "directe" de la face Ouest, dépourvue de sentier évidemment.

Par un beau samedi après-midi de septembre 2003, où l'été n'en finit pas de mourir et d'embellir la montagne, me voici donc sur la piste de la Coche. A l'approche du Veymont, devant le "mur" de la face Ouest, je suggère timidement à Daniel d'emprunter la voie normale par le Pas de la Ville.

Changement de cap, adieu le bivouac à la fontaine des Serrons, direction la fontaine de la Jasse de la Chau.

Dès notre copieux repas terminé, nous installons le bivouac à proximité de la source. Daniel me désigne le bosquet où il s'était fait attaquer par un renard la nuit. Son histoire tombe à point pour me remonter le moral !

Bien au chaud dans nos duvets, nous contemplons au-dessus de nos têtes la voie lactée constellée d'étoiles, la planète Mars, le Cosmos. Daniel philosophe sur la place de l'Homme dans tout ça.

Une heure trente du matin. Réveillée depuis un moment, j'entends soudain monter dans le silence de la nuit un chant ; une deuxième voix se mêle à la première. Je murmure : « c'est quoi ? ». Daniel me répond : « Ben, des loups ». Sans le savoir, il vient de confirmer ma pensée.

La complainte mélodieuse cesse puis reprend de plus belle. Daniel cherche à me rassurer : « ils sont là-haut sur les crêtes, et puis le loup n'attaque pas l'homme ». Dois-je le croire ou est-ce la méthode Coué ? Forte de mes lectures sur cet animal mythique, je finis par me convaincre que nous ne risquons rien. Je ne peux toutefois m'empêcher de gamberger sur toutes les histoires sanglantes colportées sur le loup. J'imagine déjà les gros titres du journal local sous la rubrique faits divers "deux randonneurs retrouvés égorgés dans le massif du Vercors ". Je tente de me raisonner « Non, non, le loup n'attaque pas l'homme ». Je suis sûre de l'avoir lu. Le loup non, mais s'il s'agit de chiens errants, eux ils chargent !

Impossible de me rendormir…

Soudain, j'entends des sautillements furtifs. Je dis à Daniel : « un animal rôde ».

Tel un ressort, il se redresse brutalement dans son duvet et se met à pousser un juron : « putain, il m'a piqué mon sac à dos ». Il avait mis son sac à ses pieds pour caler son duvet. Il comprend immédiatement que c'est l'œuvre de Maître Renard avec qui il a déjà eu des démêlés qui ont donné lieu à un rapport circonstancié dans un précédent bulletin du CAF. Il allume sa frontale et scrute la nuit. Il est rassuré quand il aperçoit son sac abandonné à une dizaine de mètres de là.

Il est 4 heures du matin. Daniel instruit de son expérience précédente me dit : « il va revenir ». Il décide alors de monter la garde avec ses deux bâtons de rando à portée de la main, pour guetter le chapardeur. « Dors, je veille » me dit-il d'un ton péremptoire.

Pour ma part, je me cramponne à mon sac poubelle contenant mes chaussures, au cas où il penserait y trouver de la nourriture. La perspective de rentrer pieds nus au parking de la Coche ne m'enchante guère.

De temps en temps je parle à Daniel, histoire de vérifier qu'il ne s'est pas rendormi, même que d'un œil, et qu'il monte bien la garde. Il m'avouera par la suite qu'il n'avait pas toujours tenu sa promesse. Et moi qui avais confiance en lui !

Le jour s'est enfin levé. Devant nos bols fumants nous rions de nos émotions nocturnes, avant de partir pour la rando…

Au retour ( je l'ai eu mon sommet !), nous récupérons duvets et matelas que, par précaution, nous avions perchés dans un arbre, pensant que le renard est un piètre grimpeur.

Près de la source, nous rencontrons un photographe naturaliste qui a bivouaqué non loin de nous, sans que nous le sachions. Pour lui, il s'agit bien de loups au nombre de 2 à 3 individus et à environ 800 mètres du bivouac (c'est vrai que cela paraissait très près). Il nous dit qu'il s'est abstenu de leur répondre pour ne pas nous effrayer car il avait vu notre présence. Nous l'avons échappé belle ! J'imagine l'angoisse à l'idée d'être encerclés par les loups !

Daniel, toujours enthousiaste, se promet de revenir. Je décline aimablement son invitation et l'autorise à trouver un autre équipier. Avis aux amateurs !